Réflexions à propos de l’avis de la Cour des Comptes sur les Infections nosocomiales

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Réflexions à propos de l’avis de la Cour des Comptes sur les Infections nosocomiales
France
Staphylocoque doré au microscope - Crédit : Eric Erbe, Christopher Pooley

Un récent rapport de la Cour des comptes met en avant la régression des résultats de la France en matière de lutte contre les infections nosocomiales. Le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire (BEH) du 26 avril 2011 soulignait déjà les progrès nécessaires. Il ne semble pas que sa lecture ait suffisamment motivé les acteurs dans ce domaine.

A partir d’une analyse précise et documentée, diverses recommandations sont émises dans ce rapport, en s’appuyant naturellement sur les structures existantes. 

Quelques points n’y sont pas évoqués, et une première lecture entraîne quelques réflexions :

  • Il n’est établi aucun lien entre cette régression et la réduction continue des personnels de soin dans les services. Peut-être parce que son évidence n’est pas à démontrer.
  • Le temps consacré par les cadres à gérer des indicateurs qualité ou des plannings insolubles ne leur permet plus d’encadrer techniquement les équipes au sein des services. 
  • Des moyens importants sont consacrés chaque année au fonctionnement d’un système d’évaluation de la qualité qui ne permet pas manifestement d’assurer le maintien du niveau antérieur de sécurité des patients. Peut-être pourrait-on envisager une approche plus concrète de l’évaluation des pratiques professionnelles, car c’est quand même là que tout se joue. 
  • Il est toujours envisagé d’évaluer la situation sur la base d’enquêtes de prévalence aisément manipulables alors que les moyens existent potentiellement pour mettre au point des indicateurs fiables quasiment en temps réel. Les budgets énormes accordés depuis des années à la mise en œuvre de systèmes d’information hospitaliers devraient pouvoir apporter un soutien dans ce domaine.
  • Les outils informatiques de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie devraient permettre d’identifier les patients potentiellement porteurs d’une infection nosocomiale. Chaque acte remboursé est identifié, qu’il s’agisse d’une consultation, d’une prescription, d’un examen de laboratoire, d’une hospitalisation, d’une réintervention. Une exploitation judicieuse de ces données devrait apporter des informations bien utiles.

Il fut une époque (au début des années 80) où 500 personnes au maximum travaillaient sur ce sujet en France. On relève aujourd’hui la présence de 3 530 ETP pour un coût annuel de 215 M€. Il est difficile de comparer les statistiques, il n’en existait pas alors. Les complications infectieuses étaient plus visibles, les services fonctionnaient différemment, mais globalement, dominait le souci d’assurer la sécurité des patients.

Des progrès significatifs ont été réalisés petit à petit en matière d’antisepsie, de stérilisation, de traitement d’air, de protection des patients et des soignants, généralisation de l’usage unique, du non-tissé, gants, tablier plastique. Tout ceci a contribué beaucoup plus à la réduction du taux de complication infectieuse que l’hypertrophie administrative qui s’est développée ensuite et sur laquelle semble s’appuyer ce rapport pour faire évoluer le problème.

Chaque soignant sait que le lavage des mains est une impérieuse nécessité, les incantations répétées sur le sujet ne lui apprendront rien. La question à se poser d’urgence est de comprendre pourquoi il ne le fait pas davantage. L’inonder de solution hydroalcoolique ne remplace pas le temps qui lui manque, ni la motivation qui peu à peu l’abandonne.

Une infrastructure de gestion des actions et des informations est certes nécessaire, il semble toutefois au travers des conclusions de ce rapport que la propension bien française à empiler les structures administratives ait encore frappé. Dans tous les cas, il est fort douteux que la situation évolue favorablement si avant toute chose, des moyens supplémentaires significatifs ne sont pas accordés durablement au fonctionnement quotidien des services et à un véritable soutien de proximité des soignants par des hygiénistes adaptés et motivés.